Epanchements et réflexions d'une artiste indépendante,

hypersensible et hyperpensante

#3 Les cordes au cou. Signature devant Madame l'Orthophoniste de notre engagement, mon larynx et moi

01/11/2017

Depuis 2 semaines je vais chez une ortophoniste spécialiste de la rééducation de la voix pour les chanteurs. Le phoniatre que j'ai vu fin septembre a repéré un voile sur une des cordes vocales. Enfin, le diagnostic n'est tombé qu'au deuxième examen. Au premier, soit 10 minutes à chanter avec une caméra dans la gorge, rien du tout, cordes vocales magnifiques, c'est superbe, olala qu'est ce qu'elles sont belles, bravo, quelle entretien,  blablabla. Heureuse certes mais quand même un peu désespérée. Malgré les douleurs, je m'étais préparée à l'habituelle sentence qui me suit depuis le plus jeune âge "Tout va bien, c'est dans votre tête". L'examen se termine mais Oh! Malheur! L'ordinateur bug, la vidéo de mes cordes est perdue. On recommence donc.

Caméra dans la gorge et c'est reparti. Ah tiens! Il apparait des choses sur la corde de gauche qui n'étaient pas là plus tôt. C'est l'usure extra-rapide, et donc un voile se forme. "Si c'est au bout de 10 min, qu'est ce que ça doit être à la fin d'un concert!" me dit-il. Le verdict est triste, mais au moins, "ce n'est pas dans ma tête" et je ne m'en remets pas pour 6 mois de thérapie chez ma sophro. Faut juste que j'aille chez quelqu'un d'autre!!! :D

 

Il a sauté au plafond quand je lui ai dit que j'avais 70 concerts par an + plusieurs heures d'interventions musicales par semaine avec des petits mioches. "Il va falloir faire un choix... la voix parlée est le pire ennemi du chanteur, quand vous ne chantez pas entre les concerts, reposez-là".

 

Oui euh... Bon d'accord mais en attendant que je réorganise toute ma vie, ce que j'ai se soigne avec de la réeducation. "Allez voir Annie Trolliet-Cornu, c'est la meilleure". C'est un peu compliqué de joindre Madame, je ne me décourage pas, je suis déterminée. Quand je la rencontre enfin. Coup de foudre. Tête en l'air, des bottines rouges, des jolies broches en fleur, une belle étole, 30 minutes à se battre avec son ordinateur, une réelle empathie, une lutte avec une thyroide capricieuse, une cheminée avec des hortensias séchées, et des petits yeux qui pétillent et lisent dans les miens "la deuxième partie de réponse".

 

(Explications. Quand on répond à une question, on fait une phrase à l'oral. C'est ce que j'appelle "la première partie de réponse".  La deuxième se fait dans les 5 secondes suivantes. Elle se situe davantage dans les énergies, dans l'astral, dans les auras. Je crois même que Madame Trolliet-Cornu n'a que faire de la première partie de réponse. C'est la deuxième qui l'intéresse, et elle garde donc toujours un silence en plongeant son regard dans mes yeux juste après que je lui parle. C'est donc décidé. Je l'aime et je la suis n'importe où où elle veut bien m'emmener.)

 

Première réaction lorsque je lui explique mon rythme vie, concerts et cours : Expression d'effroi assortie d'un "Il va falloir faire un choix... la voix parlée est le pire ennemi du chanteur, quand vous ne chantez pas, reposez-là". C'est bien, au moins, mon cas fait l'unanimité...

 

Elle écoute tout ce que j'ai à lui dire (et tout ce que je ne dis pas si vous avez suivi), et me fait remplir un questionnaire. Un questionnaire incroyable. Un QCM qui a réactivé en moi quelquechose perdu depuis des mois... la Foi! Oui je ne suis pas difficile en miracle. C'est juste qu'elle m'a posé des questions qui m'ont énormément touchées du style : "Vous sentez-vous rabaissée dans votre vie de tous les jours à cause de vos problèmes de voix", "Votre estime de vous a-t-elle baissé depuis vos problèmes de voix", "Avez-vous déjà pensé à changer vos plans professionnels à cause de vos problème de voix", "Avez vous arrêter d'accepter des propositions de travail à cause de vos problèmes de voix?" J'ai répondu le plus sincèrement possible (il y avait 4 degrés de réponse du genre

 

"non / un peu / souvent / tout le temps), et souvent dans la même case. Quand j'en parlais aux autres, j'entendais les pensées "elle exagère, ça va passer, oh mais elle abuse elle y arrive quand même...". Mais la bonne fée Trolliet-Cornu (ah oui car elle ressemble assez à Flora l'une des 3 petites fées de la Belle au Bois Dormant) elle ne s'est jamais moquée, m'a prise très au sérieux et m'a trouvée des solutions.

 

 

 

Parmi les recommandations et "clefs" qu'elle m'a données et que je vous livre en vrac, mais qui me changent la vie :

 

-  En enseignant le chant, j'ai caricaturé le bon geste pour le montrer aux élèves qui ne le comprenait pas. A force, il s'est imprimé en moi.

Et ça, ça m'a libéré de l'entendre. Car bon, je suis désolée si ça ne paraît pas modeste mais je considère, enfin je considèrais être une bonne chanteuse. J'ai appris à chanter, j'ai appris à chanter à des gens, j'ai enseigné ce qu'il fallait faire et ne pas faire. Et du coup, face à mes échecs cuisants des dernières semaines (harmonies fausses, arrêt brutal du son pendant une note tenue, impossibilité de tenir une note juste, perte total des aigus, perte totale d'estime de moi-même...) je me demandais comment il était possible de régresser à ce point, et surtout est-ce qu'en fait je ne faisais pas n'importe quoi depuis des années? Est ce que je transmettais pas n'importe quoi? Visiblement selon elle non. Mais qui dit corps fatigué, dans mon cas par une forte hypothyroidie non identifiée pendant 4 mois, dit corps qui puise dans ses réserves.

 

- Parler aux enfants, aux élèves sur une note. Déclamer le texte en se rapprochant le plus de la voix chantée. ça je le savais déjà. Sauf que cette fois-ci avec un petit appareil on a trouvé la note qui m'allait bien, ça serait le Do. Le plus dur c'est de penser à le faire en amont de la douleur... Et oui...

 

- Ne pas parler avant et après les concerts, le moins possible en général et PAS DU TOUT en cas de crise.

Ce qui s'est passé les dernières semaines sur la route avec Franck Carducci (et qui m'a brisé le coeur). Enfin, je ne l'ai pas toujours fait et d'ailleurs je paie très cher mes heures de parlotte au merchandising le week end dernier à Prog en Beauce (douleurs, et aphonie). J'ai bien expliqué à mon orthophoniste "Mais je monte le merchandising, je le tiens, je vends, je discute beaucoup, on n'a rarement des loges donc je ne peux pas vraiment m'isoler". Mais elle est catégorique. "Et bien restez à l'hotel, demandez à ce qu'on vienne vous chercher avant le concert, et le stand, vous êtes 6 dans ce groupe vous devriez bien trouver quelqu'un. C'est ça ou plus de voix." Déjà que je peux à peine marcher à cause d'une double sciatique (hypothyroïdie aussi!)...Heureusement que je n'ai pas beaucoup de concerts en ce moment, car dans les pubs notamment c'est impossible de ne pas parler... Prendre toutes ces précautions à chaque fois est quasi impossible. Mais les garçons du Franck Carducci Band sont adorables et m'ont beaucoup préservée ces derniers concerts.

 

- Donc garder à l'esprit que "La voix parlée est le PIRE ennemi du chanteur" surtout avant le concert (où on n'a pas encore l'échauffement nécessaire) et après le concert (où l'on est fatigué). Dès que le corps est un peu faible, il faut religieusement appliquer ce commandement. Mal barré pour une piplette. Mais bon je n'ai pas le choix :(

 

- Arrêter de penser à la justesse. "Vous avez une oreille incroyable, vous chantez très juste, arrêter de chercher à atteindre la note, elle va venir toute seule, concentrez vous sur la résonnance". LA RESONNANCE. Me concernant, j'ai l'impression que pour être dans la bonne résonnance, il faut que je visualise le son vibrer entre mes deux yeux, sur le front, oui c'est ça, au 3ème oeil. En tous cas dès que je le fais elle me dit "Voilà c'est ça!!!" et il est vrai que je sens une grande fluidité.

 

- Dans un souci de faire "groover" le chant, j'ai souvent appris à mes élèves d'insister sur les consonnes et faire claquer les voyelles. Sauf que je l'ai caricaturé à l'extrême... et que je me fais mal! Très mal. Incroyable. Je travaille donc à toutes les effacer, pour revenir à quelques choses de moins douloureux.

 

- Diaphragme. Puisque j'avais mal à la gorge, je sollicitais énormément les muscles de mon diaphragme pour "alléger" le travail du larynx. Sauf qu'à force... Il s'est complètement noué! Et du coup je dois maintenant apprendre à l'oublier... et à me concentrer sur une plus grande amplitude qui part des isquions (os pointus des fesses) jusqu'au front. Et ça marche!!! C'est même redoutable. La fée Trolliet-Cornu "entend" d'ailleurs tout de suite si je suis assise sur mes isquions ou pas!!! 

 

- Ma langue est toujours en tension en se collant contre le palais et les dents. Du coup, ça tire sur les muscles. C'est fou!!! Même quand je n'utilise pas ma voix, je dois donc penser à reposer ma langue...

 

Voici quelques "trucs".

 

J'ai vraiment hâte de continuer.

 

 

 

 

 

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